COMPTE RENDU DE NOTRE ENTRETIEN AVEC LE MINISTERE

Compte-rendu du rendez-vous ministériel du CAMAM à Paris le 31 octobre 2014

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    Ce vendredi 31 octobre, Véronique Lorrette, Armelle Wolff, Anelyse Lecinena, Catherine Baufreton, Marie-Noëlle Lorenzi, ont représenté le CAMAM auprès du Ministère des Affaires Sociales de la Santé et des Droits des Femmes.
            Elles ont été reçues par Madame Katy Bontinck,  au secrétariat d’État chargé de la Famille des personnes âgées et de l’autonomie, et ses collaboratrices, Madame Grosjean, et Madame Mazurier-Nolin chargées de mission,.
            L’entretien concernait le questionnement sur l’avenir de notre métier, suite au dernier courrier adressé au Ministère.
            En effet, notre Ministre, Madame Marisol Touraine, et sa Secrétaire d’État chargée de la Famille et des Personnes âgées, Madame Laurence Rossignol, souhaitent la valorisation professionnelle des assistants maternels, pour en « redorer le blason ».
            Dès notre arrivée, à l’heure convenue, nous avons été reçues dans une salle de réunion, pour un entretien de deux heures,  qui s’est avéré constructif, dans un climat de confiance, de respect et d’écoute.
            Les échanges ont été nombreux. Nous n’avons pas été interdites
sur certains tabous liés à notre profession, tels que les situations récurrentes de la relation avec les PMI ou l’incompétence de quelques  collègues.
            Véronique Lorrette explique l’origine de l’existence du CAMAM, les trois années de soutien, de Monsieur Millon, Sénateur, Monsieur Lagneau Conseillé Général, l’UNSA ASSMAT et de Madame Suzon Bosse-Platière, mais déplore aussi, avec regret l’absence du peu d’intérêt  rencontré auprès des autres syndicats et fédérations.
            Nous expliquons la mise en danger et la grande souffrance de notre profession,   le rôle de banalisation  des directives de Pôle-Emploi qui incite les candidats à l’accès à cette profession, réduisant ainsi au minimum les compétences et surtout introduisant une sélection par défaut et non par choix.
           Nous démontrons le manque de formation qualitative par rapport aux exigences de la pratique professionnelle, la formation  de  120 heures étant incomplète, notamment sur les thèmes de la psychologie de l’enfant, et le droit du travail, l’absence de pratique, des modules théoriques trop chargés par rapport aux réels besoins d’apprentissages fondamentaux du métier.
            Notre but premier étant la compétence et la reconnaissance de notre profession, nous avons bien entendu que les travaux en cours, étudiés par le Ministère, ne sont pas forcément ciblés sur un diplôme obligatoire. Mais au moins, la refonte du contenu de la formation par l’acquisition de bases et d’accompagnements meilleurs, laisse espérer une sélection active des compétences des candidats.
            Le CAP Petite Enfance est abordé. Nous dénonçons le fait qu’il soit incomplet par rapport à notre profession, par le fait d’un contenu trop tourné vers le « collectif ». Nous évoquons les
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compétences professionnelles d’un assistant maternel, révélées bien au-delà d’un niveau CAP Petite Enfance, du fait de la diversité des besoins d’apprentissage, de connaissances et de compétences à travers la pratique professionnelle.
            Nous démontrons le système hiérarchique des EAJE  (crèche) dont le personnel, bien que diplômé, peut se tourner vers l’équipe de travail et sa hiérarchie face aux difficultés. A l’inverse d’un assistant maternel qui doit gérer seul, les conflits, l’administratif, le relationnel quel qu’il soit. Ceci dans le cadre d’une large amplitude horaire, développant un stress constant qui doit lui aussi faire l’objet d’une gestion comportemental.
            Nous insistons sur la remarque qu’il est inconvenant de proposer une qualité de service à un parent-employeur, sans même avoir, exercer la totalité de l’enseignement, ni certifier les compétences.  Puisque la formation n’est que partielle et sans obligation de réussite, à l’obtention de l’agrément.
            Nous appuyons nos propos par :
« Lorsque votre voiture est en panne, vous choisissez un garagiste qualifié ; quand vous allez chez le médecin, pour votre santé vous voulez qu’il soit diplômé, et là, plus que votre santé, votre enfant est ce que vous avez de plus cher au monde. Vous donneriez votre vie pour lui, alors pourquoi le confier à une personne non qualifiée ?»
            Nous citons des exemples concrets par rapport aux 15 % d’entre nous, en situation d’illettrisme qui ne devraient pas avoir accès, en l’état à la profession : lire, comprendre, analyser, transmettre les informations médicales, administratives, ludiques etc… ; Et pour lesquels ce diplôme spécifique écarterait ce manquement. Accompagner ces personnes leur permettrait de s’élever aussi dans la vie sociale.
            Nous avons suscité l’intérêt.
            La conversation se poursuit. Nous entendons qu’un diplôme est tout à fait envisageable pour notre profession, mais que la création d’un diplôme spécifique n’est pas concevable dans l’immédiat.
Cependant, il nous est demandé si des modules complémentaires au CAP Petite Enfance nous conviendraient.
Nous expliquons qu’il serait judicieux de refondre ce diplôme, par un socle commun, avec des spécificités propres à chaque métier. Pour les futurs assistants maternels. Ceux en place pourraient accéder à ce diplôme via la VAE.  En ce qui concerne la formation actuelle, nous faisons remarquer un manque qualitatif et surtout l’inégalité de celle-ci selon les régions.
            Madame Katy Bontinck entend nos doléances, mais répond à notre interrogation en précisant qu’au bilan de l’EP1 du CAP Petite Enfance, le taux de réussite est de 85 %.
            Mais que contiennent ces 85 %?  Quelles vérifications en pratique, sur le long terme, ont été effectuées, à travers les savoir-faire et les savoir-être de ces candidats ? On ne peut juger des valeurs professionnelles en seulement quelques minutes d’examen.
            Dans l’absolu, nous insistons sur le fait que le contenu de la formation actuelle, n’est pas adapté à nos conditions professionnelles. Face aux trop nombreuses situations de litiges, voire d’isolement professionnel pour beaucoup d’assistants maternels dans leur défense, il apparaît un manque :
> d’apprentissage dans les acquis sur la pédagogie de l’enfant
> de connaissance sur les repères des conduites à tenir, face à la maladie, quelle qu’elle soit.
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> de savoir-être dans les comportements relationnels, tant avec le Parent-employeur, qu’avec la hiérarchie administrative.
> d’acquisitions limitées dans las pratiques de l’écriture basique, de la lecture du français,  ( comment transmettre, informer, comprendre face à cette situation handicapante?)
> d’un manque de réponse dans l’attitude à tenir face aux comportements d’enfants perturbés par la séparation, quelle que soit la nature de cette séparation !
> d’un manque aussi sur la réponse à donner , face à un employeur autoritaire, ou le savoir-être par rapport à une PMI abusive
Sur ce dernier point, Madame Bontinck confirme que le charisme comportemental est essentiel, pour savoir s’imposer.
>des connaissances parfaites des statuts et de la Convention Collective particulière à notre profession. En pratique, afin de donner des réponses aux parents, dans la réalisation d’un Contrat de Travail, la tenue d’un planning, l’organisation d’une mensualisation, et l’établissement d’un Bulletin de Salaire. Transmettre les devoirs et les droits de chacun. Même les parents les plus diplômés avouent se sentir en situation d’échec, face aux textes législatifs. Alors que dire d’un simple assistant maternel, en manque de connaissance (et de reconnaissance!) ?
Tous ces apprentissages ne sont pas innés pour la plupart des candidats. Il est donc important de les acquérir auprès d’un enseignement de qualité.
            Comme le précise Véronique Lorrette dans son discours, nous ne travaillons pas avec de la matière inerte, mais avec de l’humain ! Elle enchaîne sur le contenu des propositions du CAMAM et les différentes étapes proposées à travers les acquisitions d’une meilleure formation. Même si dans l’immédiat ce diplôme n’est pas envisagé, il peut être étudié et soumis à une application future.
            Madame Bontinck a retenu les grandes lignes mais nous réitère le fait que les objectifs immédiats ne vont pas dans ce sens.
            Il nous est expliqué qu’à ce jour, le Gouvernement ne souhaite pas écarter ces « 15 % »  et ne veut pas imposer une obligation d’obtenir le CAP pour exercer.
            Nous répondons à cela notre incompréhension à accueillir « chez nous » ces 15 % que l’on ne veut  (ou ne peut) pas accueillir en structure collective ? Nous précisons que la FFEC (Fédération Française des Entreprises Crèches) a fait une proposition de CAP Petite Enfance « bonifié », c’est à dire avec la possibilité de passer des modules complémentaires qui permettraient de passer à un niveau supérieur et donc ouvrir la possibilité d’une évolution de carrière.
Nous expliquons alors notre crainte d’avoir d’un côté, du personnel très qualifié en structure collective et creuser ainsi l’écart avec notre profession. La crainte aussi que, les 7000 emplois qu’elle propose, n’entraîne chez les assistants maternels davantage de mise au chômage.
            Nous évoquons les problèmes rencontrés auprès certaines PMI, les abus, les diktats, les restrictions de la part de quelques départements, avec la crainte de voir se généraliser ces pressions supplémentaires en dehors du Référentiel d’agrément.
            Contrairement à ce que les Conseils Généraux nous laissent entendre, le Gouvernement n’est pas absolument pas dans l’objectif d’un accueil « tout collectif » de la Petite Enfance.
            Marisol Touraine veut absolument faire reconnaître la compétitivité des assistants maternels, par l’équilibre qualitatif des modes de garde.  Elle inclut bien évidemment notre présence dans les schémas territoriaux, alors qu’il apparaît dans les conclusions du département (37) que nous
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 sommes laissés à l’état de soumission autoritaire et à la manipulation des modes de travail du « collectif », visé par la hiérarchie administrative locale.
            Nous avons bien appuyé le fait que nous sommes  – et nous souhaitons- rester un mode d’accueil individuel et familial ! Dans cet objectif, nous devons posséder de multiples compétences confirmées, afin d’accueillir l’enfant dans un environnement sécurisé et épanouissant.
            Nous sommes entendues et surprises par nos interlocutrices qui connaissent bien le dossier et appuient notre discours et nos convictions. Nous citant elles-mêmes des abus qu’elles ont pu constater ou entendre.
            Il nous est précisé que la volonté du Gouvernement, en cas de manquement ou d’accident, est de préserver la présomption d’innocence dans tous les cas. Cependant il rencontre une difficulté vis à vis de la Justice, ayant seule compétence en ce domaine ; depuis peu, une décision est prise, un groupe de travail va être mis en place avec le Ministère de la Justice en ce sens.
            Nous abordons les relations avec les RAM.
            Plus précisément l’intérêt d’une obligation de fréquentation.
Nous expliquons que, si effectivement sur le papier c’est intéressant, la contrainte peut s’avérer compliquée.
– difficulté de déplacement en zone rurale où les distances sont importantes
– impossibilité de s’y rendre avec un enfant atteint d’une maladie exigeant certaines précautions environnementales.
– parent n’autorisant pas le transport en automobile
Nous expliquons que ce n’est pas en « obligeant » les assistants maternels qu’ils s’impliqueront davantage, mais plutôt en insistant sur une meilleure formation, information et valorisation.
Nous précisons également que les problèmes rencontrés dans les RAM sont essentiellement dus à une disparité nationale  dans les connaissances et les informations ( statuts législatifs, CCN, droits et devoirs) provenant des responsables de ces structures, un manque d’investissement et de motivation personnelle de certain d’entre eux ( activités, convivialités, animations).
            L’évocation de l’accueil en MAM a révélé que nous avons des avis divergents, mais il en ressort aussi que ce mode d’accueil manque de rigueur, dans l’application du respect des pratiques et des savoir-être. L’absence de communication, de projet d’accueil, de prise en compte de la bientraitance de l’enfant et de sa famille dans leur ensemble. Pour pratiquer cet accueil, une spécificité dans la formation devrait être obligatoire, afin de connaître les pratiques de gestion d’une petite collectivité. Car l’accueil dans une MAM n’est pas un accueil familial proprement dit, malgré les textes qui en affirment la légitimité. L’acquisition du travail en équipe, la gestion d’un lieu, l’organisation des méthodes de travail communes sont essentiels à l’équilibre d’un accueil serein.
            Or une grande partie des MAM est loin de satisfaire à ces exigences.
            Le sujet ne sera pas davantage développé.
Le dénigrement de notre profession est plus largement évoqué. En nous appuyant sur des exemples concrets, nous démontrons notre sentiment d’être considérés comme « inférieurs » aux autres professions de la Petite Enfance.  Nous expliquons la réalité de ce constat et nous sollicitons l’écoute de nos interlocutrices qui restent attentives et entendent notre souffrance.
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            Véronique Lorrette  lit à l’auditoire, la chronique de Françoise Näser «  C’est une grande souffrance » et l’assistance acquiesce.
             Enfin survient le sujet « explosif » du moment : les refus de regroupements associatifs, destinés à proposer des activités communes aux enfants accueillis.
            C’est un autoritarisme abusif qui restreint alors l’assistant maternel à sa seule pratique au sein de son domicile, sans aucune possibilité de contact extérieur.
            C’est mettre en évidence, l’affirmation d’un manque de reconnaissance des compétences de la part des Conseils Généraux…. ceux-là même qui attribuent ces compétences par l’agrément.
            C’est réduire l’enfant et l’adulte à un enfermement, sans contact extérieur, sans vie sociale !
(Isolement d’autant plus conséquent que l’assistant maternel se voit interdire toute visite d’une personne extérieure à son domicile, quand ce n’est pas parfois aussi la présence de ses propres enfants ou de son conjoint !)
            Selon les Conseils Généraux, mener l’enfant dans une salle de RAM surchargée parfois, sans âme du fait d’un manque d’investissement de l’animatrice, est un acte sécurisant pour l’enfant, car une personne (l’animatrice !) est présente pour assurer l’intérêt de l’acte et la réalisation d’accompagnement pédagogique. L’assistant maternel serait il incompétent selon le lieu où il se trouve ?
            Nous savons qu’il sera impossible de créer des crèches sur TOUS les territoires.
            Nous savons également que les parents souhaitent  avant tout un accueil de proximité.
            Quelle famille effectuera un détour de trente kilomètres pour déposer son enfant dans une structure ?
            D’autre part, sur le point délicat des associations, il faut rappeler que cette organisation permet la rupture de l’isolement, d’équilibrer le partage des savoirs, de mener vers le haut et vers le respect des pratiques professionnelles, les plus fragiles d’entre nous.
            De plus cet accompagnement marque l’essentiel d’une solidarité indispensable.
            Proposant pour la plupart des activités ludiques, pédagogiques, visuelles et sensorielles, elles offrent à l’enfant une ouverture vers sa future vie sociale.
            Le Ministère aborde l’objectif de créer le « tiers payant »  en adressant directement à l’assistant maternel la part de prestation revenant au parent-employeur. Une expérimentation, basée sur le volontariat est en cours, sur dix départements pilotes. Dans le but d’un projet probable sur tout le territoire.
            Face à notre inquiétude et à nos interrogations, le Ministère nous confirme qu’aucune notion de « plafond du salaire de l’assistant maternel  » ne sera appliqué.
            A notre grande satisfaction, il nous est précisé que, notre discours et très clair, très ciblé et que nos motivations sont réelles et sérieuses quant à notre volonté de reconnaissance par une formation diplômante. Contrairement aux syndicats, que le Ministère a entendus  mais qui manquent de cohérence dans leurs propositions.
            D’une manière positive, nous entendons la proposition d’une grande campagne nationale de communication, visant à valoriser le métier d’assistant maternel, afin de donner l’envie aux parents de choisir ce mode d’accueil.
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            Ce à quoi nous répondons favorablement et avec enthousiasme, car nous n’acceptons plus être le « mode d’accueil de second choix et un plan B » !
            Au terme de l’entretien, Véronique remet divers documents et dossiers sur lesquels le CAMAM a travaillé.
> la présentation du CAMAM
> les résultats statistiques des 2471 questionnaires professionnels
> un proposition d’une Charte de Responsabilités pour palier aux prises en compte subjectives du Référentiel.
> La plaquette du projet du diplôme spécifique aux apprentissages fondamentaux de la profession.
> La pétition publique recueillie en ligne et sur papier, pour la défense de notre métier avec 4426 signatures.
            Nos interlocutrices sont restées surprises de tous ces éléments concrets et organisés.
            L’entretien se conclut. Mais la discussion reprendra avec une Chargée de mission.
Elle souhaite avoir notre avis concernant la possibilité de masculiniser notre métier. Dans un souci d’équité, car la profession est assurée  en grande majorité (99%) par des femmes.
           Nous précisons que nous avons quelques confrères mais que les hommes sont freinés par la précarité du métier. Il est important d’envisager une formation qui éveillerait des vocations, mais laquelle, comment et quel contenu ?
            Avant notre départ, nous demandons si la possibilité d’une participation aux groupes de travail ministériels peut être envisagée sur le sujet de la Petite Enfance ?
            Nos interlocutrices nous précisent que nous serons tenues informées de la suite du dossier.
            Nous prenons donc note d’un prochain contact, auprès du Ministère, avant la fin de l’année.
            De futures auditions devraient se dérouler d’ici 2015.
            Elles ne manqueront pas de nous solliciter, pour tout renseignement supplémentaire, au fil du parcours…
                                                           Conclusion
Cet entretien a été positif, dans l’écoute, l’intérêt et le questionnement.
Il semble en ressortir un point fort dans le sens d’un meilleur accompagnement professionnel et surtout une dénonciation des abus de pouvoir et de la répression des PMI.
Nous appartenons, à part entière au système des «  Schémas Territoriaux des Modes de Garde », aux métiers de la Petite Enfance, et nous ne sommes pas un pion sur l’échiquier des manipulations.
Notre avis est tout à fait recevable et sera pris en compte par le Ministère.
Le Combat pour la reconnaissance de la profession d’Assistant Maternel ne fait que débuter !
                                                             Pour le CAMAM,
                                                             Véronique Lorrette
                                                             Cathy Baufreton
                                                             Marie-Noëlle Lorenzi
                                                             Armelle Wolff
                                                             Anelyse Lecinena

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